MON REGARD DÉAMBULATOIRE


Marseille.


J'aime bien marcher dans la ville. Les arrêts de bus. Les coins de rues. Les restos. Les magasins. Les murs. Je peux regarder. Regarder les gens. Leurs corps. Leurs visages. Leurs vêtements. Regarder la façon dont ils marchent, se tiennent debout, ou ce qu'ils font.

Ils font partie du paysage comme les graffiti, les tags, comme les panneaux de signalisation, les trottoirs, les poubelles, les sirènes, les voitures, la mer, les bateaux, la lune...

Lorsque je marche, je laisse aller mes pensées. Mes pensées ne sont jamais serties d'une intention d'arrêter un raisonnement, de s'imposer par une formulation. Au contraire, elles dérivent, elles se cherchent, elles ont les apparences de l'expérimentation, de la maladresse, comme une manière d'exister, comme une façon de forcer la voie.

Autour de moi, sur les murs, les signes se multiplient. Ils me font signe de façon fugitive ou durable. Ils finissent par s'imposer comme symboles et signes d'une époque. Le désordre visuel de la contagion persiste. C'est le regard qui prime et qui garde le dessus. Le regard, c'est l'oeil avant tout, dans sa dimension fonctionnelle et organique. C'est sa faculté de viser. Mais ici, ni proie, ni victime, car ce qui est en jeu, c'est le processus et la justesse de la précision : la justesse de l'acte.

Et cette relation esthétique que j'entretiens avec Marseille ou que Marseille elle-même provoque, cette relation mouvementée, toujours incertaine, a pour origine l'expérience quotidienne de la ville. Mon regard déambulatoire, disponible à l'immédiateté, se met en posture de « sentir » la ville comme puissance d'images.


Lorsque je marche, je me situe du côté de l'éphémère, des indices, de l'incertain, de la fragilité. Je me concentre sur la trace et sa matérialité. Je suis comme un appareil de photographie. Et mon corps, tantôt se faisant lui-même inscription dans l'espace public, tantôt jouant de cette distance, ne cesse de construire une poétique urbaine qui est le fruit d'une visée esthétique. La manière dont je regarde le temps présent dans sa réalité immédiate, trace la réalisation d'un parcours qui s'inscrit dans l'enchevêtrement des territoires urbains.

Les images que je photographie en appellent d'autres, et cette répétition hasardeuse caractérise mon existence, inscrite dans la morphologie urbaine comme la mise en devenir d'un destin.

Antonella Fiori

Le 2 septembre 2009

La pochette de survie du graffeur contient :


1 petit carnet plan d'exil
1 élastique à cheveux
1 enveloppe blanche
1 kleenex
Le plan du trajet à colorier et à illustrer
La liste des nom des rues du trajet
Le plan du quartier de Valérie
La fiche du graffiteur en allemand
Le sondage express traduit en allemand.
 
A propos de l‘enveloppe blanche :


Kurt Schwitters avait les poches pleines de vieux tickets de métro, de papiers de bonbons, de coupures de journaux et autres déchets qu'il ramassait en se promenant. C'était la matière première de ses collages de mots, de couleurs, de formes et de matières.


Pochette composée par Antonella Fiori

Il reste encore de l'espace pour les poètes et les graffiti

Cent mille écrans miniatures sur les murs de Marseille

Graffiti : série d'actes éparpillés dans le temps qui sédimentent un espace public. A leur façon, même les jets de sable des nettoyeurs participent à cette entreprise, l'usure faisant office de palimpseste. Quand aux « repeints » destinés à « blanchir », ils semblent obturer l'inscription pour mieux signaler que la surface incite à la récidive.

L'enracinement des graffitis dans l'écriture, le goût pour le témoignage vital du désir, pour le vis-à-vis de soi-même devenu l'autre dès lors que l'inscription prend corps, permettent d'évoquer les rapprochements entre poètes et graffiteurs.

Il semble que vous apparteniez à une sorte de famille héroïque dont chaque membre recommence les mêmes signes ou encore que vous êtes le reflet dans le temps d'un acte passé comme sur un miroir le reflet dans l'espace.


Jean Genet « Le miracle de la rose » Oeuvres complètes Tome II Gallimard

Graffiti : actes fébriles d'angoisse nocturne, jardiniers de la nuit qui décapsulent les couleurs de la colère pour que fleurissent les murs, éjaculations de la main des rêveurs, guilis-guilis insolents sur les bâtisses vénérables, sur les vitrines, les façades, les maisons, les larges surfaces de silence, les bouches de métro.

Graffiti : art du trottoir destiné à la masse anonyme de ceux qui passent et saisissent les connotations de tel ou tel message. Trait d'esprit écrit en peu de mots. La ville est ponctuée de signes qui favorisent une échappée, une fixation de la trace,un reflet au hasard du réel.

Biennal JEU   IL

Biennal LUI              JE


Baille JE NI NU

Baille JE NI UN


Labile JE NI NU


Alibi nul en JE


Banni ile JE lu

Banni lui JE le


Bilan jeune IL

Bilan lien JEU

Bilan ile JE          NU

Bilan ile JE          UN

Bilan JEU en IL

Bilan JEU         IL ne

Bilan JEU le        NI

Bilan lie JE                 NU

Bilan lui en JE(U)


Bilan lui.................JE NE

Anagramme d‘Antonella Fiori, 07/2009