Christine Pfammatter


L’exil est un état


L’exil est un état. Un état sans état. L’exilé vit ainsi : dans l’entre-deux. Un artiste aussi, si l’on veut, se trouve à cet endroit d’émigration la plus extérieure. Ou d’immigration la plus intérieure. Dans le no man’s land entre celui-ci et celui-là. Dans une terre vaine ni vraiment ici, ni vraiment là. Le poète des Caraïbes, Derek Walcott qui réunit de nombreuses nations en lui a écrit une fois : either i’m nobody, or i’m a nation. Il tira cette conclusion à la fin d’un poème auto-portrait : I’m just a red nigger who love the sea, / I had a sound colonial education,/ I have Dutch, nigger and English in me,/ and either I’m nobody, or I’m a nation...


L’artiste doit se déclarer nation lui-même. Qui pourrait le croire si lui ne se croit pas ? Il n’a ni travail,  ni sécurité. Son statut n’est pas clair, son succès non défini. Et sa muse peut le quitter à tout moment. À jamais. C’est aussi pour cela que tant qu’il n’est pas connu et reconnu par la majorité, il est un séparé de la société. Un contraire vivant. Ou un miroir qui ne reflète pas toujours l’image que les personnes qui n’ont jamais été obligées de quitter leur pays aimeraient voir.


Les artistes peuvent être instrumentalisés. On peut les manipuler et les utiliser pour la propagande. Mais tout cela montre seulement leurs faiblesses. L’Art est libre. Et celui qui est à son service est soupçonné de l’être aussi. C’est pour cette raison que les femmes de Pussy Riot ont été arrêtées, que l’écrivain et titulaire du Prix Nobel de la Paix Liu Xiaobo est en prison. Car l’Art est libre initialement. Et le restera toujours. L’Art est peut-être la seule expression de liberté de la société. Car elle est une forme libre et par conséquent incontrôlable.


L’exil n’est pas seulement une perte. Pour la plupart, c’est une fuite du pire vers le mieux. L’exil peut aussi être considéré comme un gain de liberté. En particulier lorsqu’il est forcé comme dans le cas des persécutés politiques ou des réfugiés économiques. C’est un paradoxe. Mais je ne veux pas parler des raisons qui mènent à l’exil mais de ce qu’on en fait. Il me semble important de remarquer qu’une délimitation est toujours suivie d’une limitation. L’accepter mène vers la liberté individuelle. Même les expatriés, comme il est commun d’appeler les exilés volontaires, peuvent vivre cette expérience. Eux aussi sont dans une situation expérimentale et ont malgré ou justement à cause de toutes les nouveautés, besoin de continuité. Il faut donc considérer l’exil non pas seulement comme une interruption mais aussi comme une tentative de maintien. On tente de conserver les relations et les traditions. Toutes les distances augmentent. Elles remettent en question l’identité. La mobilité du début est suivie d’immobilité. Et la délimitation, d’une limitation. Il est clair que l’exilé n’est pas seul responsable de cette situation. À peine est-il parti que tout recommence : il a affaire à un nouvel état, avec des lois et des contraintes de société. Et avant tout une situation économique. Tout cela l’empêche généralement de considérer l’exil comme une aventure ou une possibilité d’intégrer de nouveaux éléments à sa vie.


Joseph Brodsky a défini l’écrivain en exil comme un être rétrospectif et rétroactif. Le regard en arrière dérobe à tous les exilés une grande partie de leur vie et de leur énergie. C’est aussi pour cette raison que tel que l’a fait Brodsky, on peut parler de l’exil comme d’une situation métaphysique. (Der Zustand, den wir Exil nennen oder Leinen los in : Joseph Brodsky, Der sterbliche Ritter, Essays, Frankfurt am Main 2000).


C’est ici que je place l’artiste en parallèle car il vit la même isolation que l’exilé, celle qui donne envie d’être intégré. Ou de s’écarter paradoxalement de la société. A bien des points de vue, l’artiste se trouve dans une situation contradictoire. Car la contrainte que lui pose l’Art est en même temps sa liberté. A la différence de l’exilé qui n’est souvent ni ici ni là, l’artiste est nulle-part. Ce nulle-part est sa liberté. En d’autres termes : où est le refuge de l’artiste ? Est-ce sont art où il est forcé de se retrouver ?


Traduction : Charlotte Günther, Marseille 02/2013


© Christine Pfammatter

Christine Pfammatter


Exil ist ein Zustand


Exil ist ein Zustand. Ein Staat ohne Staat. So lebt der Exilant im Dazwischen. Auch ein Künstler, könnte man sagen, befindet sich an diesem Ort der äussersten Emigration. Oder der innersten Immigration. Im Niemandsland zwischen Diesem und Jenem. Im Wasteland des Weder-noch. Derek Walcott, der Dichter aus der Karibik, der viele Nationen in sich vereint, hat einmal geschrieben: either I' m nobody, or I'm a nation. Dieses Fazit zog er in einem Gedicht, das ein Selbstporträt ist: I'm just a red nigger who love the sea, / I had a sound colonial education,/ I have Dutch, nigger, and English in me,/ and either I'm nobody, or I'm a nation....


Der Künstler muss sich  sozusagen zur eigenen Nation erklären. Denn wer sollte ihm glauben, wenn nicht er selbst? Er hat weder Arbeit noch Sicherheit. Sein Status ist unklar, sein Erfolg nicht festgelegt. Und seine Muse kann ihn jederzeit verlassen. Auf Nimmerwiedersehen. Auch deshalb ist er, sofern er nicht bekannt und von der Mehrheit anerkannt ist, ein von der Gesellschaft Getrennter. Ein lebender Gegenbegriff. Oder ein Spiegel, der nicht immer das Bild zurückwirft, das die Menschen, die ihr Land nie verlassen mussten, gerne sehen würden.


Auch Künstler kann man instrumentalisieren. Man kann sie manipulieren und für Propagandazwecke einsetzen. Aber das sagt nur etwas über ihre Schwächen aus. Die Kunst ist frei. Und wer in ihrem Dienste steht, wird verdächtigt, es auch zu sein. Deshalb werden die Frauen von Pussy Riot inhaftiert, deshalb sitzt der Schriftsteller und Friedensnobelpreisträger Liu Xiaobo im Gefängnis. Weil die Kunst von vornherein frei ist. Und es immer sein wird. Vielleicht ist Kunst der einzige gesellschaftliche Ausdruck von Freiheit. Denn sie ist eine offene Form und insofern unkontrollierbar.


Exil ist nicht nur Verlust. Vielmehr ist es für die Meisten eine Flucht vom Schlimmeren zum Besseren. Insofern kann Exil ein Zugewinn von Freiheit sein. Besonders, wenn es, wie für politisch Verfolgte oder Wirtschaftsflüchtlinge, erzwungen wurde. Das ist paradox. Aber ich möchte nicht darüber sprechen, wie es zum Exil kommt, sondern was man damit anfängt. Wichtig scheint mir, dass dieser Entgrenzung immer eine Begrenzung folgt. Damit klarzukommen ist sozusagen der Weg zur persönlichen Freiheit. Selbst Ausgewanderte oder wie man jene nennt, die freiwillig gegangen sind, können diese Erfahrung machen. Auch sie befinden sich in einer experimentellen Situation, die, trotz und gerade wegen der vielen Neuerungen, eine gewisse Kontinuität verlangt. Exil kann man insofern nicht nur als Unterbruch, sondern vor allem als Versuch der Aufrechterhaltung sehen. Man versucht, Beziehungen und Traditionen aufrechtzuerhalten. Dabei werden die Distanzen nicht nur räumlich grösser. Sie stellen immer auch die Identität in Frage. Aus der anfänglichen Mobilität wird eine Immobilität. Und aus der Entgrenzung eine Begrenzung. Dass der Exilant nicht allein dafür verantwortlich ist, versteht sich von selbst. Denn kaum ist er draussen, ist er schon wieder drinnen: er hat mit einem neuen Staat zu tun, mit Gesetzen und gesellschaftlichen Zwängen. Und vor allem mit einer wirtschaftlichen Situation. All das verhindert meistens, dass er das Exil als Öffnung erfahren kann oder einfach nur als Möglichkeit, neue Elemente in sein Leben zu integrieren.


Joseph Brodsky hat in einem Vortrag den Exilschriftsteller als retrospektives und retroaktives Wesen beschrieben. Der Blick zurück nimmt wohl für alle Exilanten einen grossen Teil ihres Lebens und ihrer Energie ein. Auch deshalb kann man, wie Brodsky dies getan hat, Exil als metaphysische Situation bezeichnen. (Der Zustand, den wir Exil nennen oder Leinen los in: Joseph Brodsky, Der sterbliche Dichter, Essays, Frankfurt am Main 2000)


Und hier möchte ich den Bogen zum Künstler schlagen, der mit dem Exilanten zudem eine gewisse Isolation gemeinsam hat, weshalb nicht wenige von ihnen das Bedürfnis haben, dazuzugehören. Oder sich paradoxerweise von der Gesellschaft abzuwenden. In vielerlei Hinsicht befindet sich der Künstler in einer widersprüchlichen Situation. Denn die Beschränkung, die ihm die Kunst auferlegt, ist zugleich seine Freiheit. Im Unterschied zum Exilanten jedoch, der oft weder hier noch dort ist, ist der Künstler nirgendwo. Dieses Nirgendwo ist seine Freiheit. Mit andern Worten: wo ist der Künstler zuhause? Vielleicht nur in seiner Kunst. Und das ist erzwungenermassen viel.